Viviane Oueko Kamga

Viviane Oueko Kamga, sixième d’une fratrie de plusieurs enfants, crée et coud des vêtements depuis qu’elle a 8 ans. Déjà à cet âge, elle imaginait une série d’entreprises et d’organismes et tous portaient un nom qui survivrait à sa génération : Okavi. Elle voyait un avenir porté vers les autres, empreint de créativité, contrairement aux autres membres de sa famille, plus enclins à l’enseignement. Elle a décidé de quitter sa ville Bangangté pour Douala afin d’y étudier le stylisme/modélisme. Quelques années plus tard, elle y a rencontré celui qui est devenu son époux, enseignant à l’École Normale Supérieure de Douala.

Mariés en avril 2003, son mari s’est envolé quelques mois plus tard pour l’Allemagne dans le but d’achever ses études doctorales où Viviane l’a rejoint 8 mois plus tard. La langue étant un obstacle pour elle, les cours de langue et sa nouvelle petite famille de deux enfants ont occupés tout son temps pendant les cinq ans nécessaires à son mari pour terminer son doctorat. Toujours passionnée de la mode, elle a quand même pu continuer de créer et mettre sur pied une petite boutique pour la vente.

Déjà à ce moment, ils planifiaient venir au Canada dans un avenir plus ou moins lointain, mais avant, ils ont effectué un retour au Cameroun. Après 8 mois, ils ont cependant constaté que l’adaptation des enfants à ce pays n’était pas facile, eux qui avaient grandi dans un pays européen. Papiers d’immigration déjà en main, ce fût alors tout un périple qui s’est enclenché : la famille s’installait à Montréal pendant que Jean repartait pour le Cameroun où il a enseigné pendant presque un an. Viviane a finalement dû quitter son emploi pour pouvoir s’occuper des enfants et elle en a profité pour retourner à l’école en commercialisation de mode.

L’arrivée d’Enercon en Matanie en 2010 a changé la donne. Cette entreprise allemande reconnaissait les compétences de Jean et il y a obtenu un poste. Viviane, enceinte et conseillère mode chez Mélanie Lyne, avait tout pour être heureuse à Montréal, mais elle ne voulait plus vivre seule avec les enfants. Une semaine après l’accouchement, elle est arrivée à Matane et la petitesse du centre-ville et l’isolement l’ont découragé. N’ayant aucun débouché en mode à Matane, elle est retournée à l’école aux adultes pour obtenir une équivalence d’études et a continué au professionnel en comptabilité. C’est pendant ses études qu’un professeur, inspiré par les vêtements qu’elle créait et qu’elle portait à l’école, a proposé à Viviane de faire une parade de mode lors d’un événement annuel scolaire, événement diffusé sur Facebook. S’en sont alors suivi des invitations à divers événements et organismes au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

En réponse aux fréquentes questions portant sur les conditions de vie en Afrique dont le seul côté difficile est montré par les médias, Viviane a trouvé sa mission : « Et si je montrais le côté bon de l’Afrique, si j’apportais quelque chose de différent en montrant comment il n’y a pas que des bas, on a aussi de très très belles choses à découvrir en Afrique ? » C’est dans cette optique qu’elle et son mari ont créé le Mini-Festival Africain.

C’est en 2017 que naît officiellement l’OBNL Okavi : Découverte de l’Afrique. Sa mission : Apporter l’Afrique au Canada et ramener le Canada vers l’Afrique. Plutôt en 2015, elle mettait déjà sur pied les entreprises Okavi composées de plusieurs petites branches : Okavi Coiffure et rallonges, Les Créations Okavi, les épices Afro-Wùza by Okavi, les Délices de la diversité by Okavi, etc. Elle fait venir la plupart de ses produits de l’Afrique et 10% des profits amassés servent dans les orphelinats au Cameroun et ce, depuis leurs créations.

En 2022, ce fut 5000 kilos de vêtements et nombre d’effets scolaires qui ont été remis aux enfants orphelins. Et cette générosité demeure pour les gens qui l’entourent. Alors qu’elle travaillait dans un magasin de grande surface de Matane, elle n’hésitait pas à mobiliser ses collègues pour aider un ou une membre de l’équipe. Elle ne supporte pas que les gens autour d’elle souffrent. Écoute, nourriture, fête ; Viviane tient toujours à s’assurer que personne ne manque de rien.

Sa mère, pendant sa visite après la naissance de sa fille, lui avait dit : « Je suis dans une grande maison, mais je suis seule. C’est comme une prison dorée. » L’adage africain dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant et cela lui manquait cruellement. La solitude et le fait de ne pouvoir travailler dans ce qu’elle aimait lui pesaient et elle ne pensait qu’à une chose : déménager. Au moment où elle décidait de quitter la région pour une nouvelle aventure, elle a finalement obtenu, en 2022, un poste dans un organisme qui lui tient beaucoup à cœur : le SANAM. Elle partage depuis son quotidien entre l’organisme et son entreprise. Aujourd’hui, Viviane recrée avec les gens de la Matanie et les nouvelles personnes arrivantes ce village où l’entraide, le soutien et le plaisir sont au rendez-vous.

Rédaction : SANAM
Photos en extérieur : Atelier Camion
Autres photos : Gracieuseté de Viviane Oueko Kamga