Thomas Doucet

Thomas se décrit comme quelqu’un de spontané et vif. Avant son arrivée, il n’a voulu connaître aucune information sur la région, sauf où il allait habiter et où se trouve le cégep. Il voulait découvrir la région par lui-même, une fois sur place. Il se dit inconscient, mais intrépide lui conviendrait mieux. La passion de Thomas pour la photographie s’est confirmée lorsqu’il avait 15 ans. C’est là que s’est profilée la future carrière du jeune homme.

Lors d’un voyage au Japon avec sa famille, il s’est découvert un grand intérêt pour la photographie grâce à sa mère, excellente photographe, à qui il a emprunté son petit appareil compact. À compter de cette seconde, Thomas s’est mis à photographier tout et n’importe quoi.

Étudiant en menuiserie, il s’ennuie et pense quitter l’école pour aller travailler. Une enseignante qui croit en son potentiel, lui demande ce qui lui permettrait de continuer ses études. En boutade, il répond que ce serait d’étudier à l’étranger. Loin de la décourager, elle le relance deux semaines plus tard, en l’invitant à un congrès qui réunit des écoles de différents pays.

Il y va, accompagné de son père, et s’intéresse particulièrement au kiosque présentant les cégeps et réfléchit à la possibilité d’y étudier en photographie. Thomas dépose sa candidature dans différentes écoles de cinéma en France et aux cégeps de Matane et Dawson. Finalement, c’est à Matane que Thomas dépose ses valises quatre mois plus tard.

Dès son arrivée au Québec, le jeune étudiant remarque la grande différence de dynamique avec les professeurs par rapport à son pays d’origine. Pour lui, contrairement à la hiérarchie française, les enseignants du Québec représentent davantage des alliés. Ce sont des gens qui ont de l’expérience avant d’être enseignant, ils agissent beaucoup comme des mentors: « C’est du nectar d’expérience qu’on nous donne. » Ce type d’enseignement plaît beaucoup à Thomas et correspond davantage à son besoin d’expérimenter pour apprendre.

Alors qu’il ne fait que du portrait, Thomas rencontre au cégep Quentin Orain, un confrère qui lui fait découvrir la photo en nature. C’est avec un lever de soleil au Mont Joseph-Fortin et un coucher de soleil au Xalibu, dans le parc national de la Gaspésie, qu’il découvre de nouvelles possibilités pour la création, un univers grandiose et rempli de défis.

Parallèlement à cette découverte, le cours Reportages 2 fait de plus saisir à Thomas les possibilités de raconter l’histoire des gens à travers les vidéos et c’est la bougie d’allumage. « Je n’ai jamais eu de feu qui m’a autant allumé que la vidéo et le documentaire. Raconter l’histoire de quelqu’un, c’est capoté comme sentiment. En quelque temps, tu passes d’une personne que tu ne connais presque pas parce que tu as juste envie de faire un sujet avec elle, au récit d’une période dure de sa vie. » Pour lui, l’aventure et la rencontre humaine s’allient tout naturellement.

En sortant des études, Thomas travaille rapidement dans son domaine avec, entre autres, le cinéaste de renom Robert Mercier. Mais la fibre entrepreneuriale prend de plus en plus d’importance. Adolescent, il nourrissait déjà l’ambition de créer une entreprise avec son ami pour faire des livraisons. Finalement, c’est quelques années plus tard qu’il fonde sa propre entreprise, Aegir Médias, une boîte de production spécialisée dans les films documentaires d’aventure..

Le jeune vidéaste et entrepreneur aime vivre des expériences qu’il décrit comme des « batailles mentales ». Par exemple, courir en hiver avec de la neige qui lui fouette le visage et les mains froides constitue un défi intéressant pour lui. Il a un esprit d’aventurier! « En gros, tous les endroits où tu te dis que ça ne doit pas être le fun d’aller là, moi je trouve ça le fun d’aller là avec un kodak. »

Lors de stages des éditions estivales et hivernales en 2019 des Traversées de la Gaspésie (TDLG), Thomas a fait la rencontre de la participante Marie-Sophie L’Heureux qui lui propose, en 2021, une grande aventure: relier Montréal à Percé à vélo et documenter ce périple pour recueillir des fonds pour SOS Violence conjugale. En plus d’amasser plus de 60 000$, le film « Septième fois » a été sélectionné au festival VéloCité à Montréal, puis sélectionné pour les projections de « Tous en selle » au Grand Rex à Paris. Le film a voyagé en France, en Italie, en Belgique, au Luxembourg et ailleurs au Québec. Depuis, d’autres documentaires ont aussi vu le jour dans la filmographie de Thomas et d’autres sont encore en production.

Thomas Doucet fait aussi de la création de contenu spécialisé en production vidéo sur YouTube. Mais s’il veut faire du film d’aventure, il faut qu’il soit aussi en forme, voire en meilleure condition physique que les gens qu’il filme. Les suivre, traîner le matériel ou prendre de l’avance pour se préparer à filmer selon un angle exige un entraînement rigoureux et quotidien. Thomas se dit que pendant qu’il est jeune, qu’il a de l’énergie et qu’il n’a pas d’enfants, il est prêt à tout donner pour bâtir son entreprise. Il sait que tout a une fin, mais d’ici là, inspiré par l’éthique de travail de sa famille, il continue de se lever au plus tard à 6h avec son leitmotiv en tête : entraînement, discipline et travail acharné.

« À Matane, il y a une force de travail et d’envie qui fait que ça crée un milieu qui est dynamique, qui te pousse vers l’avant. Tu as des ailes, tout le monde essaie de t’aider, tout le monde te donne ta chance. Il y a plein d’opportunités: certaines que je dois créer et d’autres qui vont arriver d’elles-mêmes. »

Ne sachant pas quelle tournure professionnelle prendra sa vie, Thomas affirme que, depuis qu’il est à Matane, il est bien et que c’est la première fois qu’il est heureux là où il est. « On vit toute l’année dans une région où les gens veulent aller en vacances. Oui, ça vient avec des inconvénients, mais on a la sainte paix. Je vis dans le plein air, je suis heureux d’être là, je fais moins de cheveux blancs. » S’il veut courir, le jeune aventurier a les montagnes et le fleuve en toile de fond qu’il apprécie particulièrement. Maintenant, qu’il soit en visite à Montréal ou en France, le Saint-Laurent lui manque rapidement.

Rédaction : SANAM
Photos en extérieur : Tatum Guillermic
Autres photos : Gracieuseté de Thomas Doucet