Marwa Derouiche

Marwa, son mari Sofiene Chebbi et leurs deux enfants, Souad et Ghalia (prononcé Raya) ont déposé leurs valises à Matane le 17 novembre 2022 après un périple de 13 heures d’avion et de 7 heures de route, entrecoupé de 2 nuits à Montréal. Ils faisaient partie d’une cohorte de travailleurs recrutés à l’étranger pour une compagnie en restauration. De ce groupe, certains se dirigeaient vers Baie-Comeau, d’autres à Saint-Sauveur. Pour la famille Derouiche-Chebbi, Matane est leur ville hôte. Le couple discute depuis longtemps de partir à l’étranger, mais n’en avait pas encore eu l’opportunité. Lorsqu’un ami contacte Sofiene et Marwa pour leur parler des offres d’emploi d’une compagnie au Québec, ils sautent sur l’occasion, d’autant que le Canada a bonne réputation à l’étranger en matière d’immigration.

Quand Marwa évoque son pays natal, la Tunisie, on sent qu’elle aime profondément son pays. « C’est un magnifique pays avec ses paysages et sa riche cuisine. » En Afrique du Nord, Sofiene est chanteur et musicien. De son côté, Marwa a travaillé dans divers domaines, y compris la cuisine, la coiffure et les centres d’appels.

La vie était bonne, mais avec le temps, les possibilités d’avenir ont changé: pour une bonne éducation, il faut aller au privé. Auparavant, l’instruction publique formait des ingénieurs, des médecins, des chirurgiens, etc. qui pratiquaient partout dans le monde. Malheureusement, à la suite de la révolution de 2011 (printemps érable), le couple considère qu’il y a eu une détérioration de la qualité de l’éducation publique. Le système éducatif a été laissé à l’abandon et les coûts au privé sont importants. Ils ont donc décidé de partir pour offrir un meilleur avenir à leurs enfants.

Marwa considère que les techniques éducatives du Québec sont plus modernes et adaptées à l’enfant : « La méthode ancienne, c’est trop pour eux. Il y a beaucoup de charges en Tunisie, les enfants n’aiment plus les études. Ici, ils font des études et, en même temps, ils sont en train de jouer. Mes filles aiment ça, elles vont me dire qu’elles veulent aller à l’école, qu’elles s’ennuient à la maison. À l’école, elles jouent, elles lisent, … J’aime ça pour mes enfants, elles sont bien. »

Et grâce au bon accueil de l’équipe école, l’intégration s’est bien déroulée pour Souad et Ghalia. Les parents fréquentent également l’école… en francisation. Bien que leurs langues maternelles soient l’arabe et le français, il existe une bonne différence entre les langues françaises d’un côté et de l’autre de l’océan. « Au début, c’est difficile de décoder avec l’accent. Avec le temps et l’intonation, l’oreille finit par saisir. Avant, je faisais répéter avant de bien comprendre. La langue québécoise est rapide, les mots, les expressions, c’est très différent. Maintenant, mes filles parlent bien la langue québécoise, mieux que moi. », affirme-t-elle. Il n’est pas rare que lorsque toute la famille est à la maison, Sofiene demande à ses filles de venir parler avec eux pour que les parents apprennent d’elles.

Toutes les occasions sont bonnes pour rencontrer des gens et de pratiquer le français : les activités organisées en classe, le travail, les activités du SANAM et même ses voisins avec qui elle échange des repas : « On a beaucoup la mentalité de partager avec les autres Quand je prépare un repas traditionnel, je cogne chez les voisins et je donne une assiette. Si je ne la donne pas, ce n’est pas bien, surtout s’il y a une bonne odeur. » Et ses deux voisins en font tout autant ! Ces interactions avec la communauté se sont rendues jusqu’à l’école secondaire de Matane : Sofiene et elle ont eu l’occasion de partager leur culture à travers la cuisine, la musique et les vêtements traditionnels lors d’une activité bimensuelle. Ils ont apprécié l’ouverture de l’école à l’éducation interculturelle, tout en exprimant le souhait d’une plus grande inclusion de l’histoire mondiale dans le programme éducatif québécois.

En effet, en Tunisie, tous les élèves apprennent l’histoire d’autres pays, dont le Canada, afin de mieux connaître le monde. Le courage de Marwa et Sofiene est à la hauteur de leur détermination d’offrir le meilleur avenir possible à leurs filles, malgré l’éloignement de sa famille, le décès de ses parents alors qu’elle était au Québec et l’adaptation culturelle et linguistique. Quand elle a besoin d’un nouveau souffle, Marwa tourne son regard vers la mer, qui sait la rassurer, et savoure la tranquillité de la ville qui la fait sentir à la maison.

Rédaction : SANAM
Photos en extérieur : Atelier Camion
Autres photos : Gracieuseté de Marwa Derouiche