Hassna Benbouazza
Prendre soin du corps, c’est de famille. Inspirée de sa grande sœur Lolita, esthéticienne, Hassna Benbouazza veut, elle aussi, soigner les autres. À la fin de ses études au Maroc, elle a ouvert un salon où elle se dédiait aux soins corporels, tandis que sa jumelle Souad s’occupait de la coiffure. Elle considère que dans la vie, la seule véritable possession que nous ayons est notre corps, et que s’occuper de soi est essentiel : « On ne possède rien dans la vie sauf notre corps. Quand on tombe malade, c’est fini. On hésite beaucoup à s’occuper de nous-mêmes, on trouve ça cher. Mais c’est tout ce qu’on a. Et malheureusement, c’est quand on perd la santé qu’on s’en rend compte. Bien vieillir, c’est important. »
Éprise du village de St-Ulric, elle affectionne particulièrement la tranquillité et le côté sécuritaire de la région, préférant cela à l’agitation de Montréal ou même de Rabat, sa ville natale. Elle aime le côté chaleureux et convivial de la région où les gens se saluent dans la rue et apprécie également la proximité de la plage et le climat continental.
Tout en travaillant comme observatrice au quai, puis en restauration, Hassna a renoué avec les bancs d’école puisque sa formation en esthétique au Maroc n’était pas reconnue au Québec. Hassna avait un rêve : ouvrir sa propre clinique d’esthétique.
Sa maîtrise du français n’était pas encore optimale puisqu’il y avait des mots plus techniques qu’elle devait connaître et bien comprendre. Elle parlait déjà français et arabe, mais le vocabulaire, la rapidité et les références du français québécois étaient difficiles à saisir. Heureusement, des outils informatiques et sa persévérance l’ont mené au succès.
Malgré toutes les énergies investies dans ce parcours, elle se félicite d’être retourné aux études : « Je suis fière de moi-même parce que j’ai réalisé mon rêve. Je ne regrette pas d’avoir recommencé à étudier l’esthétique ici parce que, ce que j’ai appris au Maroc, ce n’est pas la même chose. Oui, ça m’a pris du temps, mais en réalité, ce cheminement m’a rendu plus forte, ça a forgé ma personnalité d’aujourd’hui. »
Après deux ans d’études à Rimouski en esthétique et une formation en lancement d’entreprise, elle a créé sa clinique d’esthétique à domicile. Les débuts ont été entravés par la pandémie, puis elle a finalement installé son local dans sa résidence en 2021. Hassna intègre les enseignements de sa première formation au Maroc en utilisant de l’huile d’argan biologique dans ses soins. Le nom de sa compagnie Finesse d’argan vient d’ailleurs de sa conseillère en entreprise à la MRC, Karine Lévesque, qui était consciente de son attachement à la culture marocaine. Tout en travaillant à sa clinique, elle poursuit son apprentissage. Plus elle étudie, plus elle veut approfondir ses connaissances. Son cours d’esthétique médical en poche, elle s’intéresse maintenant au domaine biomédical.
Bien vieillir, c’est aussi tisser des liens : « C’est l’entourage qui fait que tu restes. De 2008 à 2023, si tu ne fais pas de liens dans un pays, tu ne restes pas. Tu peux rester deux ou trois ans, pas seize ans. » Les amitiés se sont souvent développées au cours des emplois qu’elle a occupés ou des écoles qu’elle a fréquentées. Même si elle ne côtoie plus certaines de ces personnes à cause des circonstances de la vie, elle a apprécié ces relations amicales qui l’ont nourri et fait grandir pendant son parcours. « Il ne faut pas que tu cherches tes amis qui viennent du même pays, sinon tu ne seras jamais intégré. Il faut que tu t’intègres avec les Québécois. Tu choisis de vivre dans un pays, il faut que tu l’intègres, sinon tu vas déprimer.
Je me suis fait des amis au travail. Ça aide quand tu sors et que tu vois du monde et que tu partages. » Rencontrer de nouvelles personnes lui permet d’échanger et découvrir le monde qui l’entoure. Malgré une baisse d’activités sociale et culturelle dans la région, elle se sent autant chez elle au Québec qu’au Maroc et est fière de cette double citoyenneté. « Quand je voyage, je m’ennuie de chez moi, d’ici. Je suis comme coupée en deux. J’aimerais faire six mois dans chaque pays. Même si on finit par s’habituer à la température, c’est beau l’hiver, mais c’est long », souligne-t-elle en riant.
Hassna n’a pas le temps de s’ennuyer. Elle occupe bien son horaire entre son entreprise, la poursuite de ses études et son plus récent projet :la construction d’une maison pour l’été 2024 avec un espace dédié à sa pratique. Hassna mise beaucoup sur sa détermination et, visiblement, cela lui sert bien.
Rédaction : SANAM
Photos en extérieur : Atelier Camion
Autres photos : Gracieuseté de Hassna Benbouazza