Émilie Fontaine

Le parcours de la Franco-Québécoise Émilie Fontaine est unique. Après sa jeunesse partagée entre deux continents, elle a choisi de tenter l’aventure matanienne. Retour sur un périple qui sort de l’ordinaire. Émilie est née à Pointe-Claire, près de Montréal. Elle garde peu de souvenirs de son lieu de naissance. Ses parents sont français et ont immigré au Québec après avoir travaillé un peu partout dans le milieu de la restauration. Après la séparation du couple, la mère d’Émilie a décidé de retourner vivre auprès de sa famille en France avec ses enfants. Émilie avait alors trois ans.

Émilie a fait toute sa scolarité en Normandie et elle a étudié en tourisme à Deauville. Dans le cadre de ses études, on lui a proposé un échange avec le programme de tourisme du Cégep de Matane. Coïncidence :  la jeune fille connaissait la Matanie puisqu’elle y avait souvent passé de belles vacances, son père s’étant fait une amoureuse de Matane. C’est ce qui a poussé Émilie à embarquer dans l’aventure de l’échange en Matanie.

Mais voilà, la COVID-19 fait son apparition dans nos vies et change les plans de toutes et tous… Le projet d’échange est retardé… Plus tard, alors que les démarches s’achèvent, on découvre qu’Émilie est citoyenne canadienne. Recommence alors le processus d’immigration, mais confinement oblige, la première session se fait en ligne pour toutes et tous. Avec le décalage horaire, les cours ont lieu entre 14 h et 23 h. La création de liens avec les autres étudiants et le milieu étudiant manquent beaucoup à Émilie.

Au bout d’un moment, on demande aux étudiants étrangers de venir en territoire québécois, une condition obligatoire pour obtenir leur DEC. Elle est enchantée puisque son objectif premier est de vivre l’expérience d’échange en personne et de pouvoir découvrir le territoire. Mais comme les cours se déroulent toujours en ligne et que les logements sont rares, Émilie habite chez son père à Montréal. Donc, elle est en sol québécois, mais toujours confinée. « Je trouve ça quand même fou d’avoir fait un diplôme sans mettre une fois les pieds dans un établissement. L’année s’est terminée, j’ai eu mon diplôme et je n’ai jamais eu un seul cours en présentiel au cégep. C’est incroyable ! »

Après son DEC, Émilie retourne en Normandie et fait un master en culture et tourisme. « Au Havre, toujours près de la mer, c’est essentiel, mais à la fin de mon master, je me suis dit : Est-ce que j’ai envie de m’embarquer dans une vie ici à trouver un appartement, à trouver une voiture, à m’enraciner dans un endroit que je connais déjà, dont j’ai déjà fait le tour, même en France ? Mais j’avais besoin de voir autre chose et ma double nationalité m’a décidé à venir au Québec. »

En décembre 2023, en compagnie de son père et de sa belle-mère, Émilie passe les fêtes en Matanie dans la famille de sa belle-mère où elle discute de ses recherches d’emploi et de ses compétences en loisirs et en culture. On l’avise aussitôt qu’un poste dans ce domaine est ouvert à la Ville de Matane. En repartant de Matane, elle a un sentiment d’inachevé en se disant qu’elle serait bien restée plus longtemps. Elle décide donc de déposer sa candidature depuis un resto en bord de route, après avoir écrit sa lettre de motivation dans la voiture. Le poste obtenu, elle revient en février par le long trajet en autobus. Pour l’instant, la famille l’accueille et la guide dans la compréhension du système québécois et canadien.

Émilie apprécie sa double nationalité qui facilite son accès administratif aux ressources, mais cherche encore à mieux comprendre son milieu comme le système de santé ou le coût de la vie. Depuis qu’elle est à Matane, elle a enfin pu visiter le cégep et a même rencontré Anne Bernier, la technicienne en information du Cégep, aussi appelée la fée marraine des étudiants internationaux, qu’il l’a aidée au travers des dédales administratifs. Passer du virtuel en personne ; elle a l’impression de revivre l’époque du cégep en décalé, mais sans cours.

Timide de nature, Émilie sort de sa zone de confort afin de rencontrer des gens. Elle s’adapte bien au rythme de la vie, au rythme de Matane. « J’ai toujours vécu près de la mer, toujours voulu habiter près de la mer, dans le futur je veux une maison près de la mer, ça fait partie de moi. Et c’est ça aussi que j’ai ressenti quand j’ai habité près de deux mois à Montréal, une impression d’être étouffée avec la grande ville, les grands bâtiments et les immeubles. C’est un peu compliqué de voir l’horizon, de voir ce qui se passe autour. J’avais l’impression d’être cloisonnée, tu n’as pas la même vision. En deux mois, je me suis quand même dit, il me manque de l’air frais, le son de l’eau qui coule, les vagues, etc. Je me suis dit qu’à Matane, on est proche du fleuve, c’est parfait. C’est plus froid qu’en Normandie, mais je pourrais me procurer une combinaison. L’eau, la mer, c’est très très important. »

Ce qui surprend le plus Émilie, c’est l’importante différence de température entre la côte et l’intérieur des terres. Elle est aussi impressionnée par l’épaisseur de la brume printanière. Comme son objectif en quittant la France était de découvrir de nouveaux coins et de beaux paysages, elle compte faire du camping cet été dans les régions plus chaudes de la Matanie et explorer la Gaspésie pendant les congés. Avec la vie devant soi et des projets plein la tête, elle veut, pour le moment, profiter de son expérience tant professionnelle que personnelle en Matanie.

Rédaction : SANAM
Photos en extérieur : Tatum Guillermic
Autres photos : Gracieuseté de Émilie Fontaine