Elie Damien Araboux

Avant toute chose, ce sont les attraits de la ville de Matane qui ont attiré Damien à quitter l’île de la Réunion en 2012. Une amie, qui étudiait à Rimouski, lui a parlé des villes environnantes et rapidement, il a su qu’il a trouvé ce qu’il cherche. Il a toujours rêvé du Canada. Au primaire, il faisait des exposés en classe sur le pays. Il était fasciné par l’immensité, sans savoir pourquoi. Quand il repense à son cheminement, il se dit qu’il était peut-être destiné à vivre ici.

Trouver du travail à l’île de la Réunion était difficile : « J’avais passé une journée à déposer des cv et je n’ai rien eu. Le soir, ma mère travaillait dans l’entretien ménager de bureaux et elle voyait que je n’étais pas bien. Ma mère m’a dit de venir avec elle, ça va te faire du bien, ça va te changer les idées. Je nettoyais et dans un bureau, j’ai vu une affiche Étudier et vivre au Québec. J’ai pensé que ça pouvait être un signe. J’ai suivi la formation et ça m’a ramené ici un an après. »

Il a été agréablement surpris par l’accueil des gens. Il se rend compte qu’inconsciemment, il craignait la réaction des gens vis-à-vis de sa culture, de sa couleur. Finalement, il a compris que l’accessibilité des gens se joue à différents niveaux : « Je savais qu’en partant, je voulais venir ici, c’était à moi de faire les efforts pour m’intégrer ici, mais je trouvais que… Les gens ont le concept de bulle sociale, de réseau, dont je n’avais pas trop conscience au début. Mais une fois que tu as réussi à créer ce lien, à faire partie d’un groupe, c’est vraiment solide. Ça m’a déstabilisé.

Parfois, il m’arrivait de croiser des amis au soccer et on s’échangeait à peine un salut. Ça m’a pris une adaptation, ce qui est normal. Je me suis rendu compte que ce n’est pas parce qu’ils ne m’aiment pas. C’est qu’au final, ils ont leur façon de faire. Maintenant, quand on se croise, on parle, on rigole. Ça m’a permis justement de créer des liens solides. »

La proximité, saluer les gens, c’est ce qui fait qu’il apprécie particulièrement Matane. Il a eu des opportunités pour aller dans d’autres villes, mais il a cet attachement à la ville qui l’a accueilli et ne voulait pas laisser partir ce qu’il a construit, d’autant qu’il partage maintenant sa vie avec Océane, son amoureuse depuis quatre ans.

Également de La Réunion, Océane arrive un an après Damien pour étudier aussi au cégep, où ils se croisent à l’occasion. Un ami commun les invite à souper et depuis, c’est l’amour. Alors qu’elle croyait poursuivre son chemin à Montréal après ses études, elle a finalement adopté la Matanie pour de bon. Ici, ils prennent le temps de vivre et peuvent se permettre de voyager : La Réunion, le tour de la Gaspésie, le tour du Lac St-Jean, etc. Leur prochain projet ? Visiter l’Ouest canadien en van.

Damien apprécie la ville pour les opportunités qu’elle offre, où les gens peuvent prouver leur valeur même sans diplôme, tout en reconnaissant l’importance de l’éducation. Bien qu’il soit venu pour étudier l’animation 3D, il a découvert sa passion pour le travail social pendant son parcours. Rapidement entraîneur de soccer dès son arrivée à Matanie, le club du Cégep et le club civil lui ont offert chacun un poste dès la fin de ses études, ce qui lui a permis de travailler à temps plein pendant 3 ans. De fil en aiguille, il devient éducateur scolaire tout en suivant des formations dans le domaine. Pendant 3 ans, il a travaillé 7 jours sur 7 jusqu’à ce que l’amour lui fasse ralentir la cadence, ce qui lui a permis de réfléchir à son avenir.

En 2023, il a été recruté comme intervenant jeunesse dans le Programme Passeport pour ma Réussite, un emploi qui met de l’avant les valeurs qu’ils l’animent. Il apprécie beaucoup que les membres de l’équipe aient des qualités différentes, ce qui leur permet de s’entraider en se complétant. Il a toujours été actif dans la communauté, que ce soit par le biais du bénévolat au Cégep, de son implication au soccer ou en travaillant avec des programmes jeunesse. « Je me rends compte que ça fait un petit moment que je suis ici parce qu’aujourd’hui, on a cette chance d’avoir des jeunes que j’ai coaché en 2011 qui sont devenus des coachs à leur tour, il y en a même qui sont rendus à l’université. » souligne-t-il en souriant. L’éloignement de la famille et l’adaptation à une nouvelle langue et culture ont été des défis majeurs, mais avec le temps, il a pu bien s’intégrer, notamment à sa détermination et un grand don de soi.

Rédaction : SANAM
Photos en extérieur : Atelier Camion
Autres photos : Gracieuseté de Elie Damien Araboux